Haven Healthcare : échec de l’assurance santé selon Amazon

Plus que jamais, les lignes de fracture de l’assurance santé aux États-Unis semblent difficiles à faire évoluer. Trois personnes comptant parmi les milliardaires les plus emblématiques de l’autre côté de l’Atlantique, en tout cas, viennent de le constater par eux-mêmes. Jeff Bezos (Amazon), Jamie Dimon (JP Morgan) et Warren Buffett (Berkshire Hathaway) viennent d’annoncer la disparition de Haven Healthcare, une entreprise commune à but non lucratif et destinée à mutualiser l’assurance maladie de l’ensemble des salariés des trois groupes.

Echec Haven Healthcare

Le projet n’aura même pas survécu trois ans aux ambitions de ses illustres créateurs, qui rêvaient non seulement de faire baisser les prix de la santé pour tous leurs salariés mais aussi, pourquoi pas, d’en étendre ensuite le bénéfice à l’ensemble de la population américaine. Quelles sont les leçons à tirer de cette mésaventure ?

Haven Healthcare : l’annonce d’un échec

Le 5 janvier dernier, un bref communiqué de presse publié par Haven Healthcare annonçait la « cessation des activités indépendantes » de la société d’ici le mois de février 2021, autrement dit sa fin programmée. La nouvelle n’aura surpris qu’à moitié les observateurs attentifs outre-Atlantique, qui avaient déjà noté la communication inexistante de Haven au cours des derniers mois et surtout le non-remplacement de l’ancienne PDG Atul Gawande suite à sa démission en mai 2020.

L’entreprise, qui ambitionnait à terme de rendre la santé plus accessible aux États-Unis, était pourtant née sous des auspices exceptionnels. Trois grands noms du capitalisme américain avaient présidé à sa création en 2018 : le géant de la distribution en ligne Amazon, la puissante banque d’affaires JP Morgan et le fonds d’investissement Berkshire Hathaway. Soit un total de 1,4 millions de salariés concernés, dont près de 80 % pour le seul Amazon.

Quel était le principe de Haven ?

Haven Healthcare est toujours restée très discrète sur la nature exacte de ses activités, mais pouvait se définir comme un gestionnaire d’achats à but non lucratif dans le domaine de l’assurance santé. Elle traitait en direct avec les compagnies d’assurance privées et négociait à la baisse le coût des garanties pour le compte des trois grands groupes, en tirant parti bien sûr de la masse salariale considérable qu’elle représentait pour influer sur les discussions.

L’objectif, à terme, était de faire baisser drastiquement le coût de l’assurance santé pour les salariés bénéficiaires – et pour les trois entreprises, qui assurent le paiement partagé des garanties. Haven avait aussi la volonté louable de rendre l’assurance santé plus lisible et plus facilement accessible pour ses bénéficiaires.

Haven exerçait donc plus ou moins les missions d’un courtier en assurance collective pour le compte des trois entreprises : un principe particulièrement banal vu de France, où de nombreuses branches professionnelles se chargent déjà de trouver les meilleures conditions pour leurs entreprises adhérentes, mais un véritable OVNI aux États-Unis où le paysage de l’assurance santé est beaucoup plus fragmenté.

Le coût de la santé aux USA : problème insoluble ?

La mise en œuvre de l’Obamacare, en 2010, s’est révélée insuffisante pour apporter à l’ensemble des citoyens américains un accès à la santé à la fois abordable et universel. Environ 10% de la population serait ainsi toujours privée de toute assurance maladie selon une estimation de l’OCDE. Par ailleurs le montant exorbitant des dépenses de santé continue à représenter un problème sérieux outre-Atlantique, puisqu’il représenterait 17% du produit intérieur brut, contre 11% « seulement » en France.

Dans ce contexte, l’initiative avortée des trois grands groupes autour de Haven Healthcare peut sembler décourageante quant à l’avenir du système de santé. Pour autant ses créateurs ne baissent pas les bras, allant même jusqu’à considérer cette expérience comme un véritable « incubateur d’idées » concernant l’accès aux soins de base ou aux médicaments.

Selon leur communiqué commun, JP Morgan, Amazon et Berkshire n’excluent d’ailleurs pas de poursuivre leur collaboration sur un terrain plus informel pour mettre en place de nouveaux « programmes adaptés aux besoins de leurs salariés ».

L’avènement de la présidence Biden, enfin, pourrait à nouveau rebattre les cartes avec une extension annoncée de l’Obamacare.

[ Infos article ▼]
Publié le et mis à jour le