En 2026, l’intelligence artificielle s’invite de plus en plus dans le quotidien des cabinets de courtage, souvent de manière un peu artisanale. Si cet outil ouvre de nouvelles possibilités pour la distribution d’assurances collectives, son utilisation ne peut cependant se passer d’un cadre. Nous avons choisi d’explorer cette thématique à travers notre cycle annuel de webinars de formation continue DDA, que nous avons inauguré le 12 mars dernier.
Au programme de cette première session : une lecture à la fois pratique et réglementaire de l’IA, à partir de situations concrètes du quotidien, pour comprendre ce qui est possible et sous quelles conditions. La finalité était d’identifier les usages de l’intelligence artificielle compatibles avec vos obligations professionnelles et d’en maîtriser les risques. Vous l’avez manqué ? Découvrez le compte-rendu ci-dessous (et surtout, ne manquez pas notre prochaine session le 28 mai !)
Introduction de la formation
Vous utilisez peut-être déjà l’IA au quotidien pour reformuler vos mails, structurer vos rendez-vous ou préparer des comparatifs. Le sujet n’est donc plus de savoir ce que cet outil peut faire pour vous, mais de comment l’utiliser sans compromettre votre devoir de conseil, l’information du client et la traçabilité de vos décisions.
Loin de partager une liste de prompts, notre objectif est ici de vous aider à sécuriser l’usage de l’IA dans votre activité de courtage d’assurance collective, en posant un cadre qui vous permettra d’éviter les usages à risques. Risques qu’il convient en premier lieu de définir et de connaître pour savoir mieux les appréhender !
Les 4 risques typiques de l’IA
L’erreur et les « hallucinations »
Les IA génératives produisent fréquemment des réponses inexactes… tout à fait convaincantes. Ces erreurs - on dit que l’IA « hallucine » sont loin d’être anecdotiques lorsqu’on parle de garanties, d’exclusions, de franchises ou de limites contractuelles.
La décontextualisation
L’outil vous répond toujours à partir d’un prompt ou d’un document que vous lui donnez, forcément partiel. Au contraire, le devoir de conseil suppose une analyse située, adaptée à un besoin réel, à une situation et à un profil de client, qui prend en compte le contexte global.
La simplification trompeuse et les omissions
L’intelligence artificielle « s’exprime » de manière claire et pédagogique, or ses formulations peuvent devenir trompeuses à force de trop simplifier, par exemple si elle omet des éléments essentiels. Ce risque est particulièrement critique dans l’information du client.
La perte de traçabilité
Plus un outil intervient dans la formulation d’une recommandation, plus il est important de pouvoir reconstituer le raisonnement : à partir de quelles sources, quels critères, avec la relecture de qui. Cette traçabilité est un point structurant de la gestion des risques.
Par ailleurs, deux contraintes de la distribution d’assurance rendent l’usage de l’IA particulièrement sensible : l’obligation de fournir une information exacte, loyale et complète au client, et celle de savoir justifier sa recommandation. L’arrêté du 26 septembre 2018 qui liste des compétences nécessaires à l’exercice de la distribution insiste ainsi sur la protection de la clientèle, l’information et le conseil, ainsi que les impacts des évolutions technologiques sur la distribution.
La grille d’analyse et les bonnes pratiques
Pour pallier ces difficultés, une méthode fiable consiste à mettre en place une grille d’analyse pour décider d’utiliser (ou non !) l’IA dans les différentes situations de votre quotidien. Cette grille vous permettra à la fois de monter en compétence, usage après usage, et de défendre votre décision face à vos clients… et si besoin en cas de contrôle.
Pour chaque usage de l’IA, nous vous proposons donc de vous poser les questions suivantes :
Moment du parcours de distribution : l’usage intervient-il avant, pendant ou après le conseil ?
Influence sur la recommandation : l’IA influence-t-elle directement le choix proposé au client ?
Risque sur l’information du client : est-ce que la clarté, l’exactitude, l’exhaustivité et la loyauté sont garanties ?
Données : quelles données sont utilisées ? Sont-elles personnelles, sensibles, identifiantes ? Où vont-elles ?
Traçabilité : pouvez-vous reconstituer ce qui a été fait, avec quelles sources, et qui a validé ?
Vos réponses à ces 5 questions vous permettront d’arbitrer si l’usage de l’IA est acceptable ou non, et si oui, sous quelles conditions. Un véritable filet de sécurité pour structurer votre prise de décision, alimenter vos règles internes et éviter de laisser l’IA choisir à votre place !
En complément de cette grille d’analyse, quelques bonnes pratiques vous permettront de vous prémunir des risques évoqués ci-dessus, comme la formalisation de règles internes (une page suffit), la formation continue, le contrôle systématique de tout document produit par une IA, ou encore la conservation des prompts pour assurer la traçabilité de toute recommandation. Enfin, veillez à ne jamais transmettre de données identifiantes, a fortiori en utilisant des outils gratuits.
Ce qu’il faut retenir
L’idée de ce cycle de de webinars n’est pas de freiner l’innovation au sein de vos cabinets, mais de proposer un cadre pour rendre son usage compatible avec vos obligations réglementaires. L’IA peut désormais aider à préparer, clarifier, structurer, et bien d’autres usages à venir que nous ne soupçonnons pas encore ! Cependant, votre responsabilité professionnelle ne se transfère pas à un chatbot.
Les professionnels du courtage n’ont pas besoin de choisir entre modernité et conformité. Ils doivent seulement apprendre à maîtriser les risques en évitant toute confusion entre ce qui est automatisable et ce qui relève du jugement professionnel. Les progrès de l’intelligence artificielle ont le mérite de rendre cette distinction (humain vs. robot) plus pertinente qu’elle ne l’a jamais été.
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